§ Maurice Ravel — 1928, M. 81
Bolero
Ballet — première Opéra de Paris, 22 novembre 1928
Édition scientifique établie d'après le manuscrit orchestral complet de 1928, conservé à la Morgan Library, et l'ensemble des sources préparatoires — première édition monumentale française. Direction éditoriale : François Dru et Quentin Hindley. Deux partitions au sommaire du volume — la version ballet 1928 inédite et la version concert 1929.
Ravel Papier à musique — documentaire sur le Bolero.
Série vidéo dédiée à Ravel face à ses manuscrits, en collaboration avec la Fondation Maurice Ravel et le Festival / Académie Maurice Ravel.
01 // Manuscrit
Source principale
1928 Manuscrit orchestral complet conservé à la Morgan Library, New York. Sources préparatoires à la BnF, à la British Library et aux Archives du Palais princier de Monaco.
02 // Création
Ballets Ida Rubinstein
22.XI.1928 Création à l'Opéra de Paris par les Ballets Ida Rubinstein. Version ballet 1928 restaurée : Concertgebouw d'Amsterdam, direction George Benjamin, janvier 2019.
03 // Volume
Ouvrage de collection
212 pages Format 24,5 × 34 cm, cousu, papier 120 g. Deux partitions au sommaire, appareil critique et discographie. Prix : 71,00 € HTVA (75,26 € TTC).
Direction éditoriale & comité de lecture
Chef d'orchestre
Louis Langrée
Chef d'orchestre & musicographe
Alain Pâris
Chef d'orchestre & éditeur
Quentin Hindley
Chef d'orchestre
Pascal Rophé
Direction éditoriale
François Dru et Quentin Hindley, éditeurs de la version ballet 1928 ; Quentin Hindley, éditeur de la version concert 1929.
My Bolero avec Nathalie Stutzmann.
Nathalie Stutzmann a longtemps refusé le Boléro — trop de couleur, pas assez d'ombre. Jusqu'à ce qu'un ami musicologue lui fasse redécouvrir la partition dans sa version originale de ballet (Ida Rubinstein, 1928). Le documentaire de Hilan Warshaw suit la cheffe et l'Orchestre symphonique d'Atlanta dans cette redécouverte. Un documentaire à voir en VOD sur medici.tv.
Note d'introduction · Volume I (2018)
Bolero, l'inconnu pourtant si célèbre…
Par François Dru — directeur éditorial de la Ravel Edition · 25 septembre 2018
Si cette formule au trait contradictoire peut surprendre, il demeure une différence vertigineuse entre le foudroyant succès de cette courte pièce orchestrale et la connaissance de son contexte d'écriture ou des premiers mois de son existence. Selon les propos d'Édouard Ravel, ou ceux rapportés par le cercle d'amis du Belvédère, le compositeur de ce « tissu orchestral sans musique », selon les mots de V. Jankélévitch, fut le premier surpris par la propagation triomphale et immédiate de cette œuvre de complet compromis dans son historiographie et son geste musical. Les chiffres des tirages successifs des partitions Durand, quelques mois seulement après leur première édition, ou le nombre d'arrangements publiés et enregistrés au tout début des années 1930 peuvent encore donner le tournis. Il convient de rappeler que Bolero fut donc, à sa création, à l'Opéra de Paris le 22 novembre 1928, l'un des courts tableaux d'une soirée de gala de danse qui faisait la part belle aux compositeurs en vogue de la place parisienne. À l'étincelance et à la tonitruance orchestrale, on a rapidement oublié que ces 340 mesures répétitives étaient donc initialement destinées à un Ballet en 1 acte — toujours présent sous cette dénomination sur le Catalogue Ravel présenté par Durand en 1931 — et que les éléments visuels scéniques étaient à partager avec le choc musical issu de la fosse d'orchestre. De plus, selon les éléments développés par Manuel Cornejo en préambule à la présentation des deux versions de la partition de notre édition, Boléro, encore dénommé Fandango deux mois avant sa première, ne fut que le substitut, composé en catastrophe, à une commande tardive d'Ida Rubinstein, qui souhaitait initialement des orchestrations de pièces pianistiques d'Isaac Albéniz.
La lecture attentive du manuscrit orchestral complet de 1928, conservé à la Morgan Library de New York, indique à quel point Ravel brossa ce portrait orchestral hispanisant en peu de temps : erreurs triviales de notes ou de figures rythmiques, confusions sur le report à l'encre de ses esquisses (conservées à la Bibliothèque nationale de France), nombreux grattages en toute hâte, non-achèvement de graphies musicales (hampes sacrifiées, très nombreux signes de reprise de mesure pour gagner du temps, etc.). La datation, « de juillet-octobre 1928 », doublée de la signature de l'auteur — un mois seulement avant la création — renforce cette impression visuelle de précipitation, confirmée par les échanges épistolaires du compositeur présentés en ce volume. Au regard de l'étude chronologique de la reprise du Ballet, de la fin de l'année 1928 jusqu'au printemps suivant, et des dates de dépôt des premières éditions selon l'analyse de Nigel Simeone, il est surprenant de comprendre que ce sont en fait les propositions simultanées d'Arturo Toscanini et de Serge Koussevitzky de donner cette œuvre en concert — à New York en novembre 1929 sous la direction du chef italien pour la première au concert —, avec l'accord d'Ida Rubinstein, qui possédait l'exclusivité d'exécution, qui enclenchèrent un très tardif travail éditorial chez Durand.
Il semble certain que la partition et le matériel utilisés pour le Ballet de 1928 demeurèrent à l'état lacunaire de copies manuscrites. En dehors du manuscrit de la Morgan Library ainsi que des versions préparatoires pianistiques (British Library et Archives du Palais princier de Monaco), rien ne reste de la tonitruante création à l'Opéra de Paris, si ce n'est l'indication de Ravel dans une lettre de corrections d'épreuves de septembre 1929 adressée à son fidèle Lucien Garban, qui évoque une mention superflue de « Rideau » sur un tirage des épreuves. De même, le processus éditorial enclenché, à nouveau en catastrophe, pour la première de la version de concert, et publié en toute urgence par l'éditeur de la place de la Madeleine, témoigne d'une certaine fragilité dans la relecture du manuscrit de 1928. Une nouvelle vague de corrections ou de modifications de la main de l'auteur ou de celle de son éditeur, après l'expérience du Ballet, a malheureusement colporté d'importants problèmes philologiques. Les errata fleurirent rapidement chez les chefs d'orchestre afin de corriger le matériel défectueux. L'un des plus étonnants exemples est cette note manuscrite, conservée à la New York Public Library, rédigée par Arturo Toscanini pour ses prestations avec l'Orchestre de la NBC.
Aux incompréhensions et erreurs scripturales, il faut aussi évoquer la déroutante écoute de l'enregistrement réalisé pour le phonogramme sous la direction de Ravel, quelques semaines après la première édition de la partition : indication métronomique générale imprimée abaissée, liberté prise par les instrumentistes au regard du texte de Ravel par des modifications de phrasés. On entend clairement que seuls les saxophones soprano et ténor sont présents. Élément confirmé par l'émouvante interview de Marcel Mule, créateur dans la fosse de l'Opéra en 1928, qui avait poliment indiqué à Ravel qu'il s'était fourvoyé dans l'écriture de la partie des saxophones, convoquant un sopranino en fa presque imaginaire… À l'instar de Léo Arnaud-Vauchant, tromboniste qui avait osé approcher le Maître pour lui dire que les indications de positions de coulisse de la dernière mesure étaient fausses. Erreurs reconnues avec modestie par le compositeur, mais qui ne furent jamais reportées sur le papier par son éditeur…
Fort de ce constat clinique sur les défaillances éditoriales des partitions toujours en usage, nous nous devions, dans le cadre inaugural de notre Ravel Edition — 90 années après l'éclatante première de cette expérience unique dans le répertoire orchestral, après une collecte de sources unique à ce jour —, de présenter une édition de la version 1929 débarrassée de toutes les scories qui ne furent jamais corrigées par l'éditeur historique, ni même dans les éditions récentes. Aussi, corollaire documentaire indispensable, nous ne pouvions que présenter l'inédite et originale version 1928 de l'œuvre afin de saisir la destination première de ce flamboyant kaléidoscope instrumental, et ainsi observer les modifications qui intervinrent pour l'adaptation en concert.
François Dru — 25 septembre 2018
Reproduction intégrale ou partielle interdite sans l'autorisation de la Ravel Edition.
Présentation
Deux partitions, deux gestes
Restituer le manuscrit de 1928 tel quel — étourderies comprises — comme socle documentaire, puis publier la version concert 1929 corrigée d'après Ravel et les grands chefs qui l'ont défendue.
Le Volume I de la Ravel Edition est consacré au Bolero. Cette édition scientifique introduit un travail inédit d'après le manuscrit orchestral complet de 1928 conservé à la Morgan Library (New York), les manuscrits préparatoires (Bibliothèque nationale de France, British Library et Archives du Palais de Monaco) et de nombreuses sources présentées pour la première fois en ce volume de collection — partitions « historiques » de Maurice Ravel, Piero Coppola1, Arturo Toscanini, correspondances2.
Cette version « ballet 1928 », telle que restaurée par la Ravel Édition, a été donnée par l'Orchestre royal du Concertgebouw d'Amsterdam sous la direction de George Benjamin en janvier 20193.
La version ballet 1928
Éditeurs : François Dru et Quentin Hindley.
Présentation de la version 1928 telle qu'elle fut créée par les Ballets Rubinstein lors de la première à l'Opéra de Paris. Édition établie selon le manuscrit conservé à la Morgan Library. Cette gravure — inédite — reprend les exactes indications de notation musicale et graphie du compositeur inscrites sur le manuscrit orchestral rédigé à l'encre de 1928.
Nous avons uniquement considéré les corrections manuscrites de Ravel rédigées à l'encre, ainsi que celles issues des opérations de grattage, modifications de l'année 1928.
Nous avons souhaité présenter, sans intervention de notre part, les fautes ou étourderies du compositeur sur son manuscrit. Sur la version ballet 1928
Cette gravure « à l'identique », qui reprend les signes usuels et la graphie récurrente de Ravel, doit être utilisée tel un socle documentaire afin de jauger l'évolution éditoriale qui sera réalisée moins d'une année après la première parisienne pour la première édition.
La version concert 1929
Éditeur : Quentin Hindley.
Édition corrigée d'après les indications de Ravel et autres corrections réalisées par des chefs illustres d'après les premières éditions contemporaines du compositeur.
Nous avons aussi considéré les différentes lettres, notes et correctifs du compositeur et des chefs d'orchestre qui ont pu relever les problèmes éditoriaux et erreurs de gravure qui parsèment historiquement la partition et le matériel. Pour cette version 1929, un comité de lecture composé des chefs d'orchestre Louis Langrée, Alain Pâris et Pascal Rophé fut consulté sur les différentes questions posées par les sources4.
Cette gravure doit être utilisée tel un socle documentaire afin de jauger l'évolution éditoriale. Sur l'articulation ballet 1928 / concert 1929
Ce travail a été réalisé en collaboration avec les institutions suivantes : l'Association des Amis de Maurice Ravel, The Morgan Library (New York), le New York Philharmonic Digital Archives, The British Library, les Archives du Palais princier de Monaco, l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, les Archives du Théâtre royal de La Monnaie de Bruxelles, la Bibliothèque royale de Belgique.
Note sur la correction de la partie de violoncelles d'après le matériel de W. Mengelberg5
Note sur la correction de la partie de violoncelles d'après le matériel de W. Mengelberg
Le 8 mars 1930, Willem Mengelberg donne la première hollandaise à La Haye de Bolero. Ce concert est suivi, en moins d'un mois, de cinq reprises à travers les Pays-Bas.
Le 31 mai 1930, dans sa Grande salle du Concertgebouw, Mengelberg grave Bolero pour la firme Columbia. Cette session est la quatrième de l'année sur cette partition. À cette occasion, on entend une modification dans la partie des violoncelles.
Ravel, Coppola et Koussevitzky ont tous enregistré, de janvier à avril 1930, les dix premières mesures avec deux noires (par mesure) — entrée des croches à la mesure n°10. À la différence de ses collègues, voulant respecter la Partition d'orchestre éditée (sic), Mengelberg demande à son pupitre de modifier la partie qu'il croit défaillante.
Pour rappel, sur le manuscrit déposé à la Morgan Library, Ravel a écrit, à l'encre, des noires jusqu'à la mesure 10. Sur le même manuscrit, il fut ajouté au crayon — sans datation, ni authentification possible de la main correctrice — des croches sur cette même partie de violoncelles, reprenant le mouvement « mécanique » d'octave pianistique, tel inscrit dans la réduction afin d'accompagner les danseurs.
Le site des archives de l'Orchestre Royal du Concertgebouw d'Amsterdam présente la liste des interprétations de Bolero dirigées par W. Mengelberg.
Reproduction intégrale ou partielle interdite sans l'autorisation de la Ravel Edition.
Notes critiques
- Piero Coppola (1888-1971), chef d'orchestre italien, directeur artistique de la Compagnie française du gramophone dès 1923, réalisa avec Ravel plusieurs enregistrements de référence — dont la première gravure autorisée du Bolero en janvier 1930. Ses partitions annotées comptent parmi les sources majeures du volume.
- La correspondance mobilisée pour l'édition croise les fonds de l'Association des Amis de Maurice Ravel, les archives américaines (New York Philharmonic Digital Archives, Morgan Library) et les archives monégasques du fonds Fondation Maurice Ravel déposées au Palais princier.
- Concertgebouw Orkest, direction George Benjamin, Grote Zaal du Concertgebouw d'Amsterdam, janvier 2019 — création moderne de la version ballet 1928 telle que restaurée par Ravel Edition.
- Le comité de lecture s'est prononcé sur les divergences relevées entre le manuscrit orchestral de 1928, les épreuves corrigées de 1929, les partitions annotées des chefs de la génération suivante et les premiers enregistrements. Il n'est intervenu que sur la version concert 1929, la version ballet 1928 étant volontairement livrée sans intervention interprétative.
- Willem Mengelberg (1871-1951), chef principal du Concertgebouw d'Amsterdam. Le matériel d'orchestre qu'il utilisa et annota fournit un témoignage précieux pour trancher plusieurs points ambigus de la partie de violoncelles.
Ravel Edition · Volume I
Un volume de collection, 212 pages, deux partitions
La première édition monumentale française du Bolero, réalisée par une équipe de musicologues et chefs d'orchestre tricolores.
Textes & appareil critique
- Introduction générale — 25 pages. Manuel Cornejo retrace l'histoire de l'œuvre et sa réception.
- Alain Pâris — analyse comparée des premiers enregistrements du Bolero et leur impact sur la lecture de la partition.
- Médiathèque 1930-1939 établie par Jean Touzelet — recension complète des premiers témoignages phonographiques.
- Appareil critique — 27 pages. Analyses inédites du manuscrit de 1928 conservé à la Morgan Library ainsi que des esquisses orchestrales de la BnF.
- Corrections et notes — 10 pages. Recensement des problèmes éditoriaux, omissions et erreurs des premières éditions.
- Traduction anglaise intégrale des textes et de l'appareil critique.
Iconographie
- Reproduction fac-similé d'une page du manuscrit orchestral de 1928 (Morgan Library).
- Lettres de Maurice Ravel.
- Partitions issues des premiers tirages annotées par Maurice Ravel, Piero Coppola et Arturo Toscanini.
- Photographies des Ballets Ida Rubinstein, séances d'enregistrement et documents historiques.
Deux partitions au sommaire
- Version ballet 1928 (inédite) — éditeurs : François Dru et Quentin Hindley. Gravure « à l'identique » du manuscrit orchestral, socle documentaire.
- Version concert 1929 — éditeur : Quentin Hindley. Édition corrigée d'après Ravel et les grands chefs, sous le regard du comité de lecture.
Médiathèque de l'édition révisée
Trois enregistrements de premier plan
L'édition Ravel du Bolero a fait l'objet de trois gravures récentes, portées par des chefs britannique et français.
Troisième enregistrement
Ludovic Morlot
Orquestra Simfònica de Barcelona i Nacional de Catalunya
L'Auditori · version ballet 1928
▶ Écouter sur SpotifyRevue de presse
Bolero dans la presse
Questions fréquentes
Vos questions sur Bolero
Qu'est-ce que l'édition révisée de Bolero ?
Le Volume I de la Ravel Edition, établi d'après le manuscrit orchestral complet de 1928 (Morgan Library) et les sources préparatoires, sous la direction de François Dru et Quentin Hindley : la première édition monumentale française de l'œuvre.
Quelle différence entre la version ballet 1928 et la version concert 1929 ?
La version ballet 1928 reproduit le manuscrit tel quel, étourderies de Ravel comprises : c'est un socle documentaire. La version concert 1929 est corrigée d'après les indications de Ravel et des grands chefs qui l'ont défendue, avec l'avis d'un comité de lecture (Louis Langrée, Alain Pâris, Pascal Rophé).
Quels enregistrements existent de cette édition ?
John Wilson et le Sinfonia of London (Chandos), François-Xavier Roth et Les Siècles (Harmonia Mundi), et Ludovic Morlot et l'Orchestre symphonique de Barcelone (L'Auditori, version ballet 1928).
Que contient le livre ?
Un volume de collection de 212 pages (24,5 × 34 cm) réunissant les deux partitions, l'appareil critique et la discographie, au prix de 71,00 € HTVA (75,26 € TTC).
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