Volume XVI · Première édition mondiale · Ravel 2025

§ Maurice Ravel — 1902, M. A5

Sémiramis.

Prélude et Danse — création mondiale de l'Air de Manassès (1902)

Première édition mondiale réalisée à la demande du New York Philharmonic et de Gustavo Dudamel à l'occasion des célébrations Ravel 2025. Direction éditoriale François Dru.

Création mondiale — Prélude et Danse

13 mars 2025 — David Geffen Hall, New York
New York Philharmonic, direction Gustavo Dudamel

Création avec création mondiale de l'Air de Manassès

20 novembre 2025 — Bozar, Bruxelles
Pierre Dhéret · Orchestre symphonique de La Monnaie · Alain Altinoglu

Création française

12 décembre 2025 — Philharmonie de Paris
Orchestre de Paris · Alain Altinoglu

Concert · Première mondiale

Gustavo Dudamel dirige le New York Philharmonic dans le Prélude et Danse de Sémiramis

Concert · Création française

Léo Vermot-Desroches, Orchestre de Paris & Alain Altinoglu — Air de Manassès

Note éditoriale

Le journal de Ricardo Viñes

Par François Dru — directeur éditorial de la Ravel Edition

La langue française, puisant dans les mythes grecs, évoque un fait « qui ne tient qu'à un fil ». En l'occurrence de cette légende babylonienne mise en musique par Ravel, nous dirons que Sémiramis ne tient qu'à une ligne. Car — élément des plus surprenants — sans la mention manuscrite qui figure dans le journal du pianiste catalan Ricardo Viñes (1875-1943), meilleur ami d'enfance du compositeur, nous serions strictement incapables de préciser l'historiographie de cette partition juvénile, conservée à l'état de manuscrit dans la maison de Ravel jusqu'à son acquisition en juin 2000 par la Bibliothèque nationale de France.

Sémiramis ne tient qu'à une ligne — celle du journal de Ricardo Viñes.

Viñes, à la mémoire photographique, notait avec soin l'activité de ses journées dans son calepin. Il rapporta, le 7 avril 1902, qu'il est allé le matin au Conservatoire de Paris pour entendre la Cantate de Ravel, Sémiramis, qu'a étudiée, répétée et jouée l'orchestre dirigé par Taffanel. Il poursuit en précisant que la famille de l'auteur, le professeur Gabriel Fauré ainsi que des camarades étudiants assistaient à cette lecture.

Le premier réflexe du chercheur pour trouver traces et commentaires de cet évènement est de se ruer sur les archives de l'abondante presse artistique de l'époque. À l'excitation succède la frustration : strictement rien ne demeure de cette exécution au Conservatoire dans les journaux. Pourtant, Ravel était déjà connu sur la place parisienne ; Viñes, deux jours auparavant, venait de créer Jeux d'eau pour piano, et les journalistes évoquèrent bien cette première pianistique…

La Bibliothèque nationale à Paris conserve l'agenda du chef Paul Taffanel (1844-1908). À la page de l'année « 1902 », aucune trace, aucune mention de Sémiramis de Ravel. Rien, non plus, ne figure dans les archives du Conservatoire déposées aux Archives nationales. Arbie Orenstein, en 1975, dans son ouvrage cardinal sur Ravel, fut le premier à évoquer cet opus de jeunesse considéré comme un devoir d'étudiant.

Au vide quasi complet témoignant de l'existence de cette œuvre, nous revenons sur les mots de Viñes qui précise bien : « le matin ». Quel concert public se déroule le matin en semaine dans les classes d'un Conservatoire ? À l'inverse d'une exécution publique, il semble maintenant logique que ces pages érigées à une date qu'il est impossible à ce jour de préciser, sur le thème antique imposé du concours du Prix de Rome 1900, furent données pendant la classe d'orchestre — à titre d'expérience de laboratoire, comme l'un des rares moments privés où un jeune compositeur peut entendre sa réalisation à l'orchestre.

C'est donc par l'heureuse initiative du New York Philharmonic et de Gustavo Dudamel, cent-vingt-trois années après, que Sémiramis quitte enfin les murs étroits d'une classe de Conservatoire pour gagner ceux d'une vraie salle de concert. L'opportunité de goûter aux talents orchestraux d'un tout jeune compositeur qui était alors envoûté par les teintes orientales de Rimsky-Korsakov, Borodine ou Balakirev.

François Dru — décembre 2024 Reproduction interdite sans l'accord de la Ravel Edition.

Documentaire

Gustavo Dudamel dirige le New York Philharmonic dans la première mondiale du Sémiramis

Documentaire sur la redécouverte de Sémiramis, VO anglaise sous-titres français.

Note musicologique

Une annale d'examen

Par Gabriel Durliat — compositeur, réalisateur de la réduction piano-chant

Le 26 juin 2000 a lieu une vente publique regroupant divers manuscrits et travaux de jeunesse de Maurice Ravel provenant des archives de sa maison « le Belvédère » de Montfort-l'Amaury. Au milieu de devoirs d'harmonie et d'esquisses, une œuvre attire particulièrement l'attention : la mise en musique par le jeune compositeur de vingt-sept ans du début d'une cantate, Sémiramis, sur un livret imposé au concours du prix de Rome 1900.

Les connaisseurs les plus avertis de l'histoire de cette institution s'étonneront. Si Ravel s'est effectivement présenté au concours de Rome pour la première fois cette année-là, son élimination dès les phases éliminatoires ne lui ouvrit pas les portes du château de Compiègne, lieu où les candidats finalistes devaient alors composer en un mois une cantate sur un livret inédit. C'est ainsi qu'en juin 1900 le Sémiramis de Florent Schmitt fut auréolé.

Un orageux compagnonnage devait alors lier Ravel et le prix de Rome pour aboutir in fine à un épisode fameux de l'histoire de la musique française, « l'affaire Ravel » — un retentissant coup médiatique lors duquel les pro-ravéliens crièrent au scandale à la suite du cinquième et dernier échec de Ravel à ce prestigieux concours académique. Une lecture factuelle des faits permet aujourd'hui de démonter la légende de la grande injustice dont ce compositeur trentenaire, déjà très en vue, aurait été victime face à un jury vieillissant et sclérosé insensible à son talent.

Ravel a achevé sa fugue préparatoire par un aberrant accord de septième majeure non-résolu — hardiesse en forme de pied de nez au concours.

Ravel a en réalité achevé cette année-là sa fugue préparatoire par un aberrant accord de septième majeure non-résolu, hardiesse en forme de pied de nez à ce concours de plus en plus décrié pour son décalage avec la modernité de la création musicale de l'époque.

Quoique critiquée dans son essence — ce genre « faux et néfaste » dira Gabriel Fauré, le professeur de composition de Ravel —, la cantate de Rome est devenue au fil des ans un exercice à part entière, codifié et comportant des attendus auxquels tout jeune compositeur doit se préparer pour prétendre au titre prestigieux de Grand Prix de Rome. Une bonne préparation au concours suppose en effet que l'on arrive en loge au château de Compiègne avec des idées musicales que l'on pourra réutiliser — d'autant plus facilement que les sujets des livrets, presque toujours exclusivement d'inspirations antiques ou orientales, favorisent l'usage d'éléments pittoresques aisément réutilisables. On peut d'ailleurs observer un usage important de l'autocitation dans les cantates que Ravel a composées les années où il a accédé à l'épreuve finale dite du « concours définitif ».

C'est donc selon le principe de l'annale d'examen que Ravel a composé en 1902 une musique sur un livret imposé deux ans plus tôt.

Le Sémiramis de Ravel n'en demeure pas moins une très belle œuvre de concert qui nous montre un jeune compositeur déjà en pleine possession de ses moyens, et dont la visée pédagogique rend probablement plus saillants les modèles et inspirations : on reconnaît en filigrane l'orchestre de Rimski-Korsakov, et l'on peut s'étonner d'un langage harmonique qui convoque tantôt Franck et Debussy, tandis que le spectre de Wagner n'est par moment pas loin.

En définitive — et c'est là le plus important —, on entrevoit déjà ce qui va faire la signature si particulière et si géniale de Ravel. On écoute alors ce travail d'étudiant en pardonnant aux membres de l'académie des beaux-arts d'avoir été si injustes avec Ravel au concours de Rome : la postérité l'a vengé.

Gabriel Durliat — décembre 2024 Reproduction interdite sans l'accord de la Ravel Edition.

Édition

Trois volumes disponibles

Sémiramis — Prélude et Danse XVIa

Prélude et Danse

Partition d'orchestre — première édition mondiale

PO — vente
Matériel d'orchestre — location
Sémiramis complet XVIb

Sémiramis complet

Prélude et Danse + création mondiale de l'Air de Manassès

PO — vente
Matériel d'orchestre — location
Sémiramis — Réduction Chant et Piano XVIc

Réduction piano-chant

création mondiale de l'Air de Manassès — réalisation Gabriel Durliat

Réduction — vente

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Partitions

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