Volume IV · Œuvres pour piano et orchestre

§ Maurice Ravel — 1929-1930, M. 82

Concerto pour la main gauche.

Édition révisée 2020 — à l'initiative de Louis Langrée et de l'Orchestre des Champs-Élysées

Édition révisée sous la direction éditoriale de François Dru, à l'initiative de Louis Langrée et de l'Orchestre des Champs-Élysées, dans le cadre de leur projet Ravel avec les pianistes Bertrand Chamayou et David Kadouch. Une commande conjointe de la Fondation Maurice Ravel, de l'Orchestre des Champs-Élysées, de l'Orchestre national des Pays de la Loire et de l'Orchestre national du Capitole de Toulouse.

Le Concerto pour la main gauche avec Bertrand Chamayou.
Portrait de l'œuvre par le pianiste, dans le cadre de la série vidéo dédiée à Ravel face à ses manuscrits.

01 // Composition

Manuscrit orchestral

1930 Daté de la main de l'auteur, manuscrit orchestral conservé à la Morgan Library, New York City.

02 // Création

Vienne, sous l'archet du commanditaire

5.I.1932 Création mondiale par Paul Wittgenstein. Première française à la Salle Pleyel, sous la direction de Ravel, le 17 janvier 1933.

03 // Édition

Direction François Dru

Rév. 2020 Édition révisée à l'initiative de Louis Langrée et de l'Orchestre des Champs-Élysées.

Direction éditoriale & comité de lecture

Direction éditoriale

Édition révisée sous la direction de François Dru.

Comité de lecture

Bertrand Chamayou

Pianiste

Bertrand Chamayou

Benjamin Attahir

Compositeur

Benjamin Attahir

George Benjamin

Compositeur

George Benjamin

Louis Langrée

Chef d'orchestre

Louis Langrée

Ludovic Morlot

Chef d'orchestre

Ludovic Morlot

Pascal Rophé

Chef d'orchestre

Pascal Rophé

Direction éditoriale

François Dru — édition révisée 2020, Ravel Edition Volume IV. Initiative de Louis Langrée et de l'Orchestre des Champs-Élysées.

My Concerto avec Bertrand Chamayou.
Bertrand Chamayou commente une vidéo historique d'une répétition parisienne du Concerto pour la main gauche avec Paul Wittgenstein.

Deux couvertures historiques

De la signature autographe à la gravure viennoise de 1931

Deux témoins visuels autour du Concerto pour la main gauche — le programme de la création française sous la direction de l'auteur et l'édition parallèle imprimée à Vienne aux frais du commanditaire, six années avant la gravure officielle Durand.

Programme de la création française du Concerto pour la main gauche — Paris, 17 janvier 1933, Concerts Colonne au Théâtre du Châtelet. Paul Wittgenstein soliste, Maurice Ravel à la direction.
Programme de la création française — Paris, 17 janvier 1933
Concerts Colonne au Théâtre du Châtelet. Paul Wittgenstein en soliste, Maurice Ravel à la direction pour la seconde partie du concert — Valses nobles et sentimentales, Tzigane (Lucien Schwartz), Alborada del gracioso, Concerto pour la main gauche (1re Audition) et Boléro.
Archives des Concerts Colonne, Paris
Partition d'orchestre 1931, gravure viennoise, couverture rouge
Gravure viennoise, 1931
La partition « als Manuskript gedruckt » — 87 pages, couverture rouge in-8° — imprimée aux frais de Paul Wittgenstein et de son agent Georg Kugel avant la première gravure officielle Durand de 1937.

Note éditoriale

Une œuvre « seule », sept années d'attente

Sur les sources, la création tumultueuse de Vienne et l'étrange occultation de la première française de janvier 1933 — un chef-d'œuvre édité au crépuscule de son auteur.

Par François Dru — Juillet 2020

C'est en juin 1937 que la maison Durand adressa au dépôt légal la première gravure de la partition et des parties séparées du Concerto pour la main gauche (« seule » selon le poétique pléonasme inscrit à l'encre par Ravel en exergue du manuscrit orchestral)1. Pourtant, c'est bien la date de 1930 qui figure, de la main de l'auteur, sur le manuscrit conservé avec soin à la Morgan Library de New York City, ainsi que sur la Réduction deux pianos, réalisée par l'auteur (Collection privée A. Taverne)2. Une création tumultueuse en 1932 à Vienne et sept années d'une étrange attente, du fait de l'exclusivité requise par le commanditaire, pour un travail éditorial réalisé lors des derniers mois de la vie du compositeur, atteint d'un mal neurologique incurable.

« Ravel avait déjà pris congé de cette terre et vivait sur une autre planète » Colette, sur les derniers mois du compositeur

Selon les mots de Colette, Ravel « avait déjà pris congé de cette terre et vivait sur une autre planète » et subissait « la pire période de l'obscurcissement mental »3. Un constat clinique sans retour qui présuppose que le compositeur ne participa pas, ou de manière fort éloignée, à la première gravure officielle et impression de son chef-d'œuvre.

Le cadre de la première, donnée le 5 janvier 1932 à Vienne par son commanditaire Paul Wittgenstein, a dépassé la triviale légende journalistique qui relatait un Ravel furieux au possible de découvrir, lors du concert, toutes les modifications de texte sciemment apportées, en plus des fausses notes, par le pianiste manchot sans aucune autorisation de l'auteur. Les commentateurs ont mentionné les deux hommes brouillés tout en omettant de préciser qu'ils se retrouvèrent, à une reprise au moins, à Paris, lors de la première française de l'œuvre, le 17 janvier 1933, à la Salle Pleyel. Ravel y dirigeait l'Orchestre Symphonique de Paris — préparé par Roger Désormière. Une date clef dans l'historiographie de l'œuvre qui, d'étrange manière, est occultée, même par de très sérieux ouvrages musicologiques, au profit de celle du concert donné en mars 1937 par Jacques Février et Charles Münch (pour la première fois, donc, sur le récent matériel Durand).

À l'essentielle question de sur quelles partitions fut donnée la première de l'œuvre, il est très peu connu que Wittgenstein et son agent viennois Georg Kugel firent graver en 1931 une partition d'orchestre et son matériel de leurs propres deniers, et que cette dernière, non officielle et jamais déposée (Ravel avait signé un contrat d'exclusivité avec Durand en 1929), voyagea d'orchestre en orchestre pendant de longues années, cela avant la première gravure Durand et la fin de l'exclusivité d'exploitation de son commanditaire. Il demeure quelques exemplaires de cette partition « als Manuskript gedruckt » de 87 pages à la couverture rouge au format in-8° : à la British Library et surtout, objet essentiel, celle, annotée, de Roger Désormière, gardée à Paris, au Musée de la Musique (Philharmonie de Paris)4.

Cette partition non officielle, jamais déposée, voyagea d'orchestre en orchestre pendant de longues années. Sur la gravure viennoise de 1931

L'étude de cette gravure initiale, selon le manuscrit de l'auteur, pieusement conservée par Désormière, et imprimée d'après une gravure manuscrite réalisée par un copiste germanique (on perçoit quelques caractères gothiques et un curieux mélange d'abréviations françaises et allemandes) révèle de très précieuses indications de corrections de fautes de notes et autres modifications agogiques ou de phrasés. Une épreuve de 1930, selon la datation d'Arbie Orenstein5, corrigée par le compositeur aux côtés de son fidèle Lucien Garban, apporte aussi un précieux éclairage sur le texte original.

Fait très émouvant et unique concernant le legs du corpus ravélien : en plus des nombreux articles de presse relatant la prestation, il reste de la première parisienne du 17 janvier 1933 une minute et cinquante secondes d'images « sonorisées », pour les « Actualités Pathé », d'une répétition filmée à la Salle Pleyel, selon la mention du carton intertitre, du Concerto pour la main gauche seule6. L'opportunité de constater les étranges modifications du texte pianistique par le créateur (toujours confirmées par l'enregistrement radio du concert à Amsterdam de 1936 sous la direction de Bruno Walter7), la taille et la disposition de l'orchestre qui, lors de cette répétition, était dirigé par Désormière.

Ravel n'intervint, au pupitre, que pour le concert « avec le flegme dont il est coutumier quand lui échoit le bâton de commandement », selon le commentaire d'Alfred Bruneau8.

Notes critiques

  1. Le pléonasme « seule », inscrit en exergue du manuscrit orchestral, redouble l'adjectif « gauche » déjà présent dans le titre. Il souligne la singularité radicale du dispositif pianistique conçu pour Paul Wittgenstein, amputé du bras droit lors de la Première Guerre mondiale.
  2. Manuscrit orchestral : Robert Owen Lehman Collection, on deposit at the Morgan Library & Museum, New York. Réduction pour deux pianos : Collection privée A. Taverne.
  3. Colette, propos rapportés dans plusieurs témoignages sur les dernières années de Ravel. Le compositeur, atteint d'une aphasie et d'une apraxie progressives, ne pouvait plus écrire ni jouer dans les mois précédant sa mort en décembre 1937.
  4. Partition d'orchestre gravée à Vienne en 1931 aux frais de Paul Wittgenstein et de son agent Georg Kugel, mention « als Manuskript gedruckt » (imprimée comme manuscrit), 87 pages, in-8°, couverture rouge. Exemplaires localisés à la British Library (Londres) et au Musée de la Musique — Philharmonie de Paris, cet exemplaire portant les annotations autographes de Roger Désormière.
  5. Arbie Orenstein, Ravel — Man and Musician, Columbia University Press, New York, 1975 (rééd. Dover, 1991), ouvrage de référence sur la chronologie des sources ravéliennes.
  6. Actualités Pathé, séquence conservée, 1 min 50 s, tournée lors de la répétition à la Salle Pleyel en vue du concert du 17 janvier 1933. Répétition dirigée par Roger Désormière, Ravel ne prenant la baguette que pour le concert public.
  7. Enregistrement radiophonique du 6 mars 1936, Concertgebouw d'Amsterdam, Paul Wittgenstein soliste, Orchestre du Concertgebouw sous la direction de Bruno Walter. Document sonore essentiel qui confirme, à distance, les modifications du texte pianistique observées à Vienne en 1932 et à Paris en 1933.
  8. Alfred Bruneau, compte rendu de la première française paru dans la presse parisienne de janvier 1933.

Médiathèque de l'édition révisée

Deux jalons phonographiques

L'édition 2020 a fait l'objet de deux enregistrements de premier plan, portés par des chefs et des solistes membres du comité éditorial ou proches du projet.

Cédric Tiberghien, Les Siècles, François-Xavier Roth — Harmonia Mundi Premier enregistrement

Cédric Tiberghien

Les Siècles — François-Xavier Roth

Harmonia Mundi

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Alexandre Tharaud, Orchestre national de France, Louis Langrée — Erato Enregistrement commercial

Alexandre Tharaud

Orchestre national de France — Louis Langrée

Erato

▶ Écouter sur Spotify

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Commander la partition & le matériel d'orchestre

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