Volume IX · Édition révisée 2023

§ Maurice Ravel — 1905, M. 46

Introduction
et Allegro.

Septuor original (1905) et version pour orchestre de chambre — d'après l'autorisation de l'auteur

Nouvelle édition révisée sous la direction éditoriale de François Dru, restituant les deux formats — septuor original et arrangement pour orchestre de chambre — d'après l'accord donné par Ravel à D. E. Inghelbrecht en 1911.

Édition 2023

Deux formats disponibles — septuor original et version pour orchestre de chambre, avec partie de contrebasse Ad libitum

Direction éditoriale

François Dru

Sources

Trois manuscrits, Carlton Lake Collection, Harry Ransom Center — gravure Durand 1906 — PO historiques de Boulez et Markevitch (BnF) — matériel de l'Orchestre Lamoureux

Comité de lecture

Direction éditoriale

Édition révisée sous la direction de François Dru.

Comité de lecture

Anaelle Tourret

Harpe

Anaelle Tourret

Benjamin Attahir

Compositeur

Benjamin Attahir

Jean-Pascal Beintus

Compositeur

Jean-Pascal Beintus

Note éditoriale

Un désir d'éditeur

Par François Dru — directeur éditorial de la Ravel Edition

La lecture attentive du « Catalogue des Œuvres de Maurice Ravel » publié en mars 19111 par la maison Durand — devenu l'éditeur principal du compositeur depuis novembre 19052 — introduit un curieux élément. À la rubrique « Musique d'Orchestre », page 6 de l'opuscule, il figure — accompagnant les Fragments symphoniques de Daphnis et Chloé, les Cinq Pièces enfantines de Ma Mère l'Oye et la Rapsodie espagnole — l'Introduction et Allegro, dont il est précisé que la « Harpe solo », la « Partition d'Orchestre », les « Parties d'orchestre » et « Chaque partie supplémentaire » sont en vente. La mention de cette entrée au catalogue orchestral est reprise par une édition augmentée du même support commercial en juillet 19143, et fut toujours présente plus tardivement — à l'exemple de l'édition du catalogue monographique de 1931.

Cet élargissement de l'original septuor « chambriste » vers un vecteur orchestral nous remémore un temps où — pour garantir une large diffusion — une œuvre pouvait connaître, sans atteinte morale ou esthétique, de multiples agencements et transcriptions en tout genre (quelquefois des plus exotiques au goût douteux). Ce que Ravel nomma pudiquement un « désir d'éditeur » dans une lettre du 26 février 1911, en réponse au chef D. E. Inghelbrecht4, où il évoquait alors : « Pour le morceau de harpe, ce n'est pas, à proprement parler, une pièce d'orchestre. 7 instruments en tout. Mais cela pourrait s'arranger. Le quatuor pourrait être doublé, triplé. Et, en réservant quelques soli, ça sonnerait encore mieux que dans l'original. »5

« Le quatuor pourrait être doublé, triplé. Et, en réservant quelques soli, ça sonnerait encore mieux que dans l'original. » — Ravel à Inghelbrecht, 26 février 1911.

Si cet Introduction et Allegro, composé en juin 19056 et certainement révisé en ce qui concerne la partie de harpe jusqu'à sa publication en juillet 19067, fut donné lors d'une première audition le 22 février 19078 dans son format chambriste original, cette partition devint rapidement connue des matinées d'orchestre. Nous trouvons effectivement trace d'exécutions publiques parisiennes « pour harpe et orchestre » à l'exemple, entre autres, toujours sous les doigts de la créatrice Micheline Kahn : le 7 avril 1913 avec l'Orchestre des Concerts Hasselmans9 ; le 30 janvier 1915, Salle Gaveau, lors d'une « Matinée Yvette Guilbert », « pour harpe avec accompagnement d'orchestre »10 ; le 27 février 1927, avec l'Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire sous la direction de P. Gaubert, « Harpe et petit orchestre »11.

Ou dépassant la sphère parisienne : le 25 février 1933 à Saint-Étienne « pour harpe et orchestre »12 ; le 15 septembre 1938 à Biarritz, « pour harpe, orchestre à cordes, flûte et clarinette »13. Sans oublier les nombreuses exécutions sous la direction d'Inghelbrecht sur les ondes de la Radio : le 5 juin 193714 ou encore le 4 mars 193815 « pour harpe et orchestre ». De l'autre côté de l'Atlantique, c'est un autre élève de A. Hasselmans — C. Salzedo16 — qui donna la première américaine avec orchestre en décembre 1916 sous la direction de W. Damrosch17, pour un agencement qui allait, sous l'impulsion de ce chef de file de l'école américaine de harpe, devenir mètre étalon sur ce continent. Quelques annonces de concert, apportant la confusion entre la version originale et son développement orchestral, ne manquent pas de piquant : à l'exemple de celle d'un « Festival Ravel » à Milan en octobre 1922, qui présente l'Introduction et Allegro « pour orchestre réduit en Quintette »18.

Il faut préciser, en parallèle à l'utilisation d'origine contrôlée d'une section cordes, que l'idée d'un bâton de direction devant le septuor d'instrumentistes fut rapidement agencée du fait de la difficulté de l'œuvre — parsemée pour sa mise en place de courtes et longues cadences de la harpe, ou de variations métronomiques importantes entre les différentes sections19. Maurice Ravel fut très régulièrement sollicité pour mener du bâton, sous son contrôle ou « sous sa direction », une exécution de son œuvre — au concert mais aussi pour le phonogramme20.

À la confirmation d'un accord de l'auteur sur l'emploi d'une section cordes, il convenait de rechercher s'il subsistait — de la main du compositeur ou de son éditeur — une autre partition « historique » sur ce format. Le constat sera laconique. À notre connaissance, il ne demeure, en dehors de la lettre de Ravel à Inghelbrecht, aucun écrit musical autre que les manuscrits de 1905-1906 du septuor, ou de la gravure Durand à sept parties de 1906. Chaque agencement pour section cordes avec « quelques soli », selon la précision de Ravel, fut réalisé directement sur les Partitions d'Orchestre des chefs d'orchestre. Ce que nous avons pu vérifier à la lecture d'exemplaires qui mentionnent, de manière manuscrite, le nombre de cordes requises — un effectif 8-8-6-4 sans contrebasses demandé par Igor Markevitch, ou avec une partie de contrebasse aux interventions notées sur la portée de violoncelles pour Pierre Boulez qui fit l'acquisition de sa partition en février 194621.

La bibliothèque de l'Orchestre Lamoureux conserve un matériel « historique » — non daté — pour cordes qui comporte 6 parties de Violons 1, 5 de Violons 2, 4 Altos et 3 Violoncelles. Les Digital Archives du New York Philharmonic Orchestra proposent la lecture d'une partie manuscrite de contrebasse qui ne comporte malheureusement pas de date. Dans le cadre de cette édition révisée 2023, nous présentons dans le matériel disponible une partie de contrebasse Ad libitum — qui, à l'instar des enchaînements soli/tutti, demeure une simple proposition qui peut être acceptée ou modifiée par chaque exécutant22.

Cette réflexion sur cet autre agencement de l'Introduction et Allegro a pu aussi nous permettre de nous pencher sur le texte musical original et sa gravure initiale — ce qui n'était pas sans provoquer de nombreux questionnements sur des choix éditoriaux, sans évoquer d'inéluctables fautes de gravure ou autres problèmes de copie de la main même du compositeur. L'étude des trois manuscrits disponibles23 conservés au Harry Ransom Center de l'Université du Texas à Austin (USA) a pu apporter un autre éclairage sur les difficultés rencontrées par Ravel à écrire de manière très élaborée pour la harpe — fait inhérent à beaucoup de compositeurs de renom —, en tentant de s'échapper d'une écriture à deux mains trop pianistique, pour utiliser toutes les larges possibilités techniques de la harpe qui connaissait, le xxe siècle naissant, un élargissement organologique de ses possibilités techniques et expressives sans commune mesure.

Le manuscrit autographe à l'encre noire de la partition d'orchestre — non daté ni signé, qui servit à la mise en gravure chez Durand, flanqué de ses coups de crayons aux codes éditoriaux — affiche sur sa page de garde, de la main de l'auteur au crayon, un étonnant : « M. Hasselmans, 123 av. Wagram ». L'adresse d'un éminent praticien qui nous fait penser à une consultation de cabinet, pour entendre de précieux conseils ou corrections dispensés lors d'une relecture par le maître belgo-français de la harpe alors âgé de soixante ans24 lors de la rédaction de l'œuvre.

À la partie soliste de harpe — rédigée à l'encre par le compositeur, qui contient des essais d'indications de pédales25, de fort nombreux repentirs et autres ratures (avec une dernière page, d'une quarantaine de mesures, entièrement rayée avec rage par un épais crayon bleu) — est associée une autre partie de harpe bien plus complète dans ses notations spécifiques à l'instrument soliste, et qui servit très clairement pour la gravure de 190626. Mais, cas éditorial de taille, cette dernière — non datée, avec plusieurs collantes et coups de crayons correcteurs — n'est absolument pas de la main de Ravel, sans qu'il puisse être déterminé qui rédigea cette partition27 entièrement réglée pour l'exécution, et qui diffère aussi sensiblement de celle imprimée par Durand en vue de la première au concert. Une occurrence passionnante pour un travail de révision sur un texte — car ce n'est pas l'usuelle partie soliste unique, mais quatre versions différentes28, en forme d'étapes successives, qui a pu nous permettre d'admirer tout l'effort de conception et de réalisation d'une œuvre qui demeure une référence incontestable de la littérature pour harpe.

François Dru — janvier 2023 Reproduction intégrale ou partielle interdite sans l'autorisation de la Ravel Edition.

Apparat critique

Notes

  1. Un exemplaire est disponible à la BnF sous le cotage 8-Vm Pièce-4528.
  2. Et la publication de la Sonatine pour piano (Durand D&F 6624).
  3. BnF 8-Vm Pièce-4444 (BnF 8-Vm Pièce-4529 pour l'édition 1931).
  4. Nous supposons que la question initiale posée par D. E. Inghelbrecht (1880-1965) concernait l'utilisation du septuor lors d'un concert pour petite formation orchestrale. Il est à noter qu'Inghelbrecht composa un Quintette pour harpe et Quatuor à cordes (édité chez Alphonse Leduc en 1920). Lettre conservée à la Morgan Library NYC, MLT R252-148(3).
  5. Ravel ajoute à la suite, recto de la même lettre : « De Debussy, il n'existe, à ma connaissance, que les 2 danses pour harpe chromatique et quintette à cordes » [partition composée en 1904, qui mentionne sur la page de garde de son manuscrit autographe : « pour Harpe chromatique avec accompagnement d'orchestre d'instruments à cordes », BnF MS-1012].
  6. Dans une lettre du 11 juin 1905 à Jean Marnold, Ravel précise : « J'ai été terriblement occupé dans les derniers jours qui ont suivi mon départ, à cause d'une pièce de harpe commandée par la maison Érard. 8 jours de travail acharné et 3 nuits de veille m'ont permis de l'achever, tant bien que mal. » In Maurice Ravel, L'Intégrale, Correspondance (1895-1937), écrits et entretiens, Le Passeur Éditeur, Paris, 2018, page 104.
  7. Cf. Nigel Simeone, « Mother Goose and other Golden Eggs: Durand Editions of Ravel as reflected in the firm printing records », IAML Publications UK, 1998, vol. 35 no 2, pages 58-79.
  8. Le Figaro, 22 février 1907, page 5 : « Le Cercle musical donne ce soir, en l'hôtel de la Société française de photographie, 51 rue de Clichy, de quatre heures à six heures, son sixième concert de musique de chambre. Cette séance est presque exclusivement consacrée aux œuvres de M. Maurice Ravel, avec le concours de Mme Jane Bathori, Mlle Kahn, et de MM. R. Viñes, M. Ravel, P. Gaubert, Pichard et le Quatuor Firmin Touche. À signaler au programme la première audition du septuor "Introduction et Allegro" pour harpe, quatuor, flûte et clarinette. »
  9. Entre la Suite Pelléas et Mélisande de G. Fauré et le Capriccio espagnol de Rimsky-Korsakov. Sous la direction de Louis Hasselmans (1878-1957), fils d'Alphonse Hasselmans (1845-1912), harpiste belge, professeur au Conservatoire de Paris de Micheline Kahn (1889-1987). Cf. L'Écho de Paris, 7 avril 1913, page 5.
  10. Cf. Le Figaro, 26 janvier 1915, page 4.
  11. Cf. L'Écho de Paris, 27 février 1927, page 5.
  12. Avec l'association des Concerts du Conservatoire de Saint-Étienne, direction Edmond Maurat. Cf. Le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 24 février 1933, page 3.
  13. Orchestre de Chambre sous la direction de J. Calvet. Casino de Biarritz. Cf. La Gazette de Bayonne, 15 septembre 1938.
  14. Programme de Radio Paris. Avec l'Orchestre National. Entre Macbeth de R. Strauss et Diane de Poitiers de J. Ibert.
  15. Avec l'Orchestre National, après la Rapsodie espagnole, et qui précéda la première française de Jeu de cartes d'I. Stravinsky. Cf. L'Art musical, 4 mars 1938, page 570.
  16. Carlos Salzedo (1885-1961), né à Arcachon, étudia au Conservatoire de Paris, fut harpiste à l'Orchestre Lamoureux et quitta la France pour s'établir aux États-Unis et rejoindre l'Orchestre du Metropolitan Opera de New York City. En 1925, lors de concerts parisiens, il donna l'Introduction et Allegro dans une version harpe et piano. Cf. La Revue musicale, 1er juillet 1925, pages 72-73. Ravel offrit au harpiste un exemplaire de la partition chant / piano de la première édition de L'Enfant et les sortilèges avec la dédicace suivante : « à Carlos Salzedo, harpiste-magicien, affectueusement, Maurice Ravel — 13/7/25 ».
  17. Archive numérique du New York Philharmonic ↗
  18. Cf. Comoedia, 26 octobre 1922.
  19. Nous trouvons la mention, dans plusieurs ouvrages (Orenstein 1975/1991, Marnat 1985, L'Intégrale 2018, etc.), de Charles Domergue (1878-1931) en la fonction de chef lors de la première de l'œuvre en 1907. Si cette information est véhiculée d'ouvrage en ouvrage, il ne semble subsister aucune preuve écrite de ce fait. De plus, si le « Directeur » du Cercle musical — qui organisait ces séries de concerts — fut reconnu tardivement comme compositeur, c'est son père Charles-Louis Domergue, dit Domergue de la Chaussée (décédé en 1912, cf. Comoedia du 28 août 1912, page 2) qui connut une carrière reconnue de chef d'orchestre à Anvers, Paris, Angers et Bordeaux — et non son fils.
  20. « Et notre Ravel, au pupitre, dirigeant gravement son Introduction et Allegro, en veston marron, pantalon à carreaux, avec un nœud papillon fin et serré sur un faux-col bien raide ! » In Hélène Jourdan-Morhange, Ravel et nous, Éditions du Milieu du Monde, Genève, 1945, page 64. « L'auteur dirigeant lui-même son œuvre », Concerts Durand, Salle Érard, Paris, 15 mars 1913. Cf. Le Monde artistique, page 166. « Enfin, M. Maurice Ravel a dirigé lui-même son Introduction et Allegro », « Récital Ravel », Opéra-Comique, Paris, 24 janvier 1926. Cf. Le Soir, 26 janvier 1926, page 2. Au disque, nous noterons la gravure de la harpiste Miss Gwendolen Mason à Londres en octobre 1923, qui revendique « sous la direction du compositeur » sur l'étiquette du 78 tours Columbia L1518.
  21. Partition d'orchestre Durand d'Igor Markevitch (BnF VMH-8991) ; Partitions d'orchestre de Pierre Boulez (BnF 4-VM FONDS 148 BLZ-411).
  22. Nous pouvons aussi recommander l'écoute, pour exemple, de ces enregistrements avec sections cordes : N. Zabaleta, RSO Berlin, F. Fricsay, 1957, DG 17135 ; N. Zabaleta, Orchestre de Chambre Paul Kuentz, direction P. Kuentz, 1969, DG 139134 ; Pierre Jamet, Orchestre de chambre de la Société de musique de chambre de Paris, direction P. Capdevielle, 1955, Ducretet Thomson LPP8632 ; Edward Druzinsky, Chicago Symphony Orchestra, direction Jean Martinon, 1968, RCA LSC-3093.
  23. Collection Carlton Lake, Box 302.7.
  24. Hélène Jourdan-Morhange précise : « C'est la séduisante Micheline Kahn qui en donna la première audition. Elle était au Conservatoire, et quoique petite fille encore [17 ans en 1907], fut choisie par son maître Hasselmans comme seule capable de comprendre et aimer la musique de Ravel. » Op. cit.
  25. Avec deux écritures distinctes.
  26. Avec précisions, au crayon sur la première page, des mentions commerciales, date de copyright, nom de l'imprimeur, etc.
  27. Micheline Kahn ? Alphonse Hasselmans ?
  28. P.O., partie soliste de l'auteur, partie soliste d'une autre main qui fut le socle de la gravure, et donc la gravure Durand elle-même. Sans évoquer la partie soliste de l'adaptation pianistique — par Ravel — pour la version deux pianos de l'œuvre (Durand D&F 6811 publiée en novembre 1906 ; le manuscrit de cette réduction serait conservé dans la Collection Taverne).
Extrait de la partition Introduction et Allegro de Maurice Ravel
Harry Ransom Center, University of Texas at Austin (Carlton Lake Collection)

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Partitions

Le matériel d'orchestre et la partition d'orchestre du septuor et de la version pour orchestre de chambre sont disponibles à la vente.

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