§ Maurice Ravel — 1908-1911, M. 60 / 62
Ma Mère
l'Oye.
Ballet en un acte — 1911-1912
Nouvelle édition révisée sous la direction éditoriale de François Dru, restituant pour la première fois la version complète du Ballet — au-delà de la « Suite » diffusée depuis 1912.
Création de l'édition révisée
20 mai 2021 — City Halls, Glasgow
BBC Scottish Symphony Orchestra, direction John Wilson
Édition révisée
Édition révisée 2021 du Ballet complet
Sources
Manuscrit orchestral, Carlton Lake Collection, Harry Ransom Center, Austin — matériel « historique » 1947, Opéra de Paris — réduction piano Charlot (Durand, 1912)
Création de l'édition révisée
BBC Scottish Symphony Orchestra — John Wilson, direction.
Comité de lecture
Direction éditoriale
Édition révisée sous la direction de François Dru.
Comité de lecture
Note éditoriale
Le brouillard éditorial
Par François Dru — directeur éditorial de la Ravel Edition
La lecture de l'essentiel article de Nigel Simeone1, présentant le référencement chronologique de la publication des œuvres de Ravel à travers le livre de cotage Durand, apporte de précieux renseignements concernant l'historiographie éditoriale du « Ballet en un acte » Ma Mère l'Oye.
L'orchestration des pièces pour piano à quatre mains, entreprise à l'automne 19112 à la suite de la commande du Ballet par Jacques Rouché, ne fut achevée — selon les propres écrits épistolaires du compositeur — que très peu de jours avant les premières répétitions et la création de l'ouvrage, le 29 janvier 19123 : année prolixe et dansante pour Ravel avec trois Ballets ajoutés à son catalogue (avec Adélaïde en avril et Daphnis et Chloé en juin).
Si la maison Durand eut toutefois le temps de graver la partition d'orchestre des cinq pièces enfantines pour une publication en janvier de la même année, et que le matériel d'orchestre suivit en février, il est surprenant de constater que les ajouts au cycle pianistique — le Prélude, la Danse du Rouet et les « raccords » entre les numéros, d'après la terminologie utilisée par l'auteur, selon le scénario directement rédigé par Ravel4 et remanié tardivement, changements imposés par les contingences de la toute nouvelle production — ne furent publiés indépendamment qu'en août 1912. Après le succès des premières représentations, Rouché reprogramma le Ballet en mai 1912, puis en mars 1913, toujours au Théâtre des Arts.
Gabriel Grovlez, le chef qui dirigea la première avec un orchestre miniature depuis l'étroite fosse du Théâtre des Arts — à la tête d'une formation de 32 musiciens5 (avec au maximum six premiers violons, deux contrebasses pour les cordes, vents, claviers et harpe, timbalier et deux percussionnistes) —, se plaignit officiellement auprès du directeur Rouché de l'état « très spécial » du matériel6.
29 janvier 1912.
BnF Opéra, Fonds Rouché — ARTS R-8 (4,17)
Il est aisé d'imaginer des parties d'orchestre à la fois gravées et manuscrites — avec de nombreuses collantes, ratures, ajouts et tournes irréalisables — pour reprendre l'ordre des pièces à l'agencement différent du cycle à cinq entrées qui devint pour les orchestres la « Suite » de Ma Mère l'Oye. Le précis inventaire de N. Simeone apporte un questionnement essentiel : quid de la publication de la partition d'orchestre complète du Ballet, ainsi que de son matériel ?
Si la réduction pour piano seul effectuée par Jacques Charlot — exercice adoubé par un Ravel trop occupé, et qui demeure l'unique matériau le plus fidèle du spectacle original — fut publiée par Durand en juillet 1912 (la BnF détient le précieux exemplaire du compositeur parsemé de quelques annotations manuscrites7), le musicologue anglais n'a trouvé aucune trace, dans le livre de cotage Durand, d'un travail éditorial du complet ouvrage réalisé a posteriori, même à plusieurs années d'intervalle.
Pourtant, du vivant du compositeur, des catalogues monographiques Durand de l'œuvre de Ravel — à l'exemple de ceux publiés en 1914 ou 1931 (celui de 1911 prévoit déjà la future parution de l'orchestration des Cinq Pièces enfantines) — introduisent bien, à la rubrique « Ballet en un acte », le titre de Ma Mère l'Oye avec la mention « Matériel en location », selon le schéma commercial aussi réservé, d'après les mêmes imprimés, à Adélaïde ou aux parties séparées de Daphnis.
La consultation des bibliothèques des formations orchestrales parisiennes connues par Ravel — Société des Concerts du Conservatoire (devenue Orchestre de Paris), orchestres Lamoureux, Pasdeloup, Colonne, Opéra de Paris — conforte l'épais brouillard éditorial qui règne autour de ce titre.
En dehors de la partition d'orchestre qui appartenait à Pierre Boulez et qui fut certainement gravée dans les années soixante-dix8, aucune partition d'orchestre du Ballet « complet » ne peut être localisée9 dans les grandes bibliothèques de recherche. Un vide en forme de totale absence, qui rejoint le référencement des fonds de partitions des grands chefs ravéliens comme C. Münch ou A. Cluytens10 — qui ne possédaient, au mieux, que les premiers tirages des Cinq Pièces enfantines et le volume supplémentaire et séparé du Prélude et de la Danse du Rouet.
À notre connaissance, seule la bibliothèque de l'Opéra de Paris11 a pieusement conservé un matériel « historique » complet du Ballet, sur lequel figure le timbre à date du 26 décembre 1947 — date qui correspond au « Gala Ravel » donné par André Cluytens à l'Opéra-Comique à l'occasion du dixième anniversaire de la mort du compositeur.
Sur ces parties (les cordes convoquées étaient 8-6-6-6-3), nous apercevons clairement que la matrice utilisée fut celle du matériel de la « Suite » associé à celui du Prélude et de la Danse du Rouet, en exergue d'un montage fait maison. Il figure — à l'aide de collantes, scotchs et autres travaux manuels du bibliothécaire, ajoutés à l'encre manuscrite — les notes manquantes des liaisons entre les quatre interludes (les « raccords » de Ravel dénommés A, B, C et D par Durand), ainsi que les coupures de Laideronnette et la reprise de la Pavane. Éléments oubliés par bien des chefs, et des plus sérieux, qui pourtant furent relevés par des musicologues comme Roger Nichols12. Fait métrique confirmé par la lecture de la réduction de Jacques Charlot, et qui résout l'impossible dédoublement des indications scéniques sur les mesures identiques telles que toujours présentées par l'édition Durand.
Si Arbie Orenstein, en 2012, a pu grandement faire avancer la compréhension du texte original de Ravel (notamment avec le relevé des mesures historiquement manquantes du premier basson dans la Pavane), le grand manque de sources manuscrites pianistiques ou orchestrales concernant le Prélude, la Danse du Rouet et les « raccords » — même au sein des plus grandes collections de manuscrits ravéliens — laissait subsister des interrogations : l'emploi d'un tambour au timbre exogène dans la Danse du Rouet qui ne figure pas dans l'instrumentarium publié par Durand ; la difficile compréhension des fanfares des deux cors ouverts ou bouchés — sauf si, à l'instar des fanfares de Daphnis et selon l'exemple des premiers enregistrements Rosenthal et Cluytens, ces derniers sont spatialisés ; etc. Nous avons tenté de résoudre ces interrogations dans cette nouvelle édition révisée 2021.
Apparat critique
Notes
- Nigel Simeone, « Mother Goose and other Golden Eggs », Brio Vol. 35, IAML UK, 1998.
- Il ne figure pas de titre générique du cycle, de date d'achèvement du travail, ni l'habituelle signature de Ravel sur le manuscrit orchestral des Cinq Pièces enfantines. Collection Carlton Lake, Harry Ransom Center, University of Texas at Austin.
- La date du dimanche 28 communément avancée fut en fait celle de la répétition générale. Cf. Arbie Orenstein, Lettres, écrits et entretiens, lettre du 26 janvier 1912, Flammarion, Paris, 1989.
- BnF Opéra, Fonds Rouché, ARTS R-8 (4,17).
- Roland-Manuel, Maurice Ravel et son œuvre, Éditions Durand et Fils éditeurs, Paris, 1914, page 26.
- BnF Opéra NLAS-42 (21).
- BnF Musique FOL-VM6-31 (A).
- BnF Musique FOL-VM FONDS 148 BLZ-254.
- Du fait du système de location ? Schéma identique de l'autre côté de l'Atlantique si l'on consulte l'imposante collection numérique des archives du New York Philharmonic Orchestra, ou si l'on questionne les détenteurs du legs Monteux.
- Cluytens enregistra le Ballet complet en 1962 avec la Société des Concerts du Conservatoire (il fut précédé en 1958 par Manuel Rosenthal à l'Opéra de Paris, qui livra très certainement la toute première gravure de l'œuvre complète ; Ansermet, chez Decca en 1957, avait omis les interludes et enregistré les danses dans l'ordre de la Suite et non celui modifié du Ballet). Sauf erreur, on ne trouve aucune gravure officielle du Ballet sous la direction de Münch.
- BnF Opéra MAT F-76.
- Roger Nichols, Ravel, Yale University Press, 2011.
Enregistrements
John Wilson, direction Album multiprimé par la presse internationale ▶ Écouter sur Spotify
i Nacional de Catalunya
Ludovic Morlot, direction Intégrale Ravel · Volume I ▶ Écouter sur Spotify
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